07.05.2012

Merci Mama Africa

Depuis le début de la saison des pluies, la végétation éclate vraiment ici. Chaque jour, l'herbe semble avoir grandi et la nature montre son visage le plus coloré. Mon arbre préféré est maintenant couvert de fleurs roses et abrite des oiseaux jaunes citron. J'écoute le bruissement des feuilles et j'observe la faune autour de moi. Un cochonnet rose pas plus grand qu'une tirelire avance en fouillant la boue avec son museau. Un lézard bleu ocre glisse sur les pierres. Sa tête est verte comme l'herbe, sa queue d'un rouge flamboyant. Cette beauté m'impressionne. Elle fait le même effet sur les autres reptiles. Ils s'enfuient quand le lézard s'approche.

 

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18.04.2012

Recyclage dans la brousse

Le dimanche de Pâques, j’ai assisté au baptême de Pierrette, la petite prématurée dont nous nous occupons depuis février. Comme tous les dimanche matins, les rues de Dingila étaient vides et les églises pleines. Ici, la religion semble relever de l’automatisme, comme manger et boire. La messe de Pâques comporte deux différences de taille avec le genre de cérémonie que l’on peut voir en Suisse: premièrement, elle a lieu en plein air et deuxièmement, le prêtre ne la dirige pas mais la danse. Entre le tamtam et l’écodis (une caisse en bois à trois cordes), ma guitare – que j’ai prêtée au curé – retentit. Au milieu de la foule, j’aperçois Pierrette sur le bras de sa mère. La petite va bien, elle fait plaisir à voir.

Je passe la semaine à la pharmacie: il faut faire l’inventaire. Je compte des milliers de médicaments, de seringues et de d’éprouvettes. C’est une affaire poussiéreuse et monotone, mais qui comporte quand-même quelques motifs de divertissement. Une poule entre. Je sais ce qu’elle cherche. Récemment, j’ai trouvé un œuf niché entre les instruments de perfusion. A l’aide d’un balai, je chasse l’animal effronté. A l’extérieur, le prochain visiteur m’attend. Un homme inconnu se tient devant la pharmacie. Il voudrait me demander en mariage. Je refuse. Il me remercie et s’en va. Ici, je n’ai pas besoin d’une montre. Quand j’entends les roulements de tambour, je sais qu’il est bientôt l’heure de quitter le travail.

velo.JPGDepuis mon arrivée à Dingila, je n’ai plus vu de bitume, de montres et surtout, je n’ai pas vu de déchets. On recycle tout. La plupart des matériaux proviennent de la nature et y retournent après usage. L’école a besoin d’une nouvelle salle de classe? Aucun problème. Avec ses élèves, le maître va dans la brousse. Chacun prend un bambou et le transporte sur sa tête jusqu’à l’école. Quelques heures plus tard, la nouvelle construction est terminée. En matière de recyclage, les Congolais sont pleins de bonnes idées. De vieux pneus servent d’élastiques, une bouteille en PET se transforme en jouet pour enfants et une branche d’arbre remplace l’axe rompu d’une bicyclette.


Maintenant, notre équipe est au complet. La chargée de projet est française, nous avons une médecin originaire de Californie ainsi qu‘un logisticien et un administrateur tous les deux suisses romands et moi qui viens de Suisse alémanique. En plus, MSF emploie quelques centaines de collaborateurs congolais. MSF apporte non seulement une aide médicale mais aussi, dans le sens le plus large du terme, un soutien économique à la région. En effet, chaque employé a une vingtaine de personnes à sa charge à la maison. Le marché lui aussi est stimulé par notre présence. Notre projet n’a pas seulement besoin de ressources humaines mais aussi de ressources matérielles.

Cette semaine, une mauvaise nouvelle nous vient de l’Est du Congo: deux collaborateurs de MSF ont été enlevés; ils ont été relâchés quelques heures après. La triste réalité de ce pays ruiné se fait sentir. C’est une petite minorité qui plonge la population dans l’angoisse et la peur. La majorité déborde de cordialité. Mais celle-ci n’apparaît pas dans les médias.

Le ciel au-dessus de Dingila est étoilé. La nuit, les températures ne descendent pas au-dessous de 30 degrés. Je me retourne sans cesse dans mon lit et j’écoute les bruits de la nuit. Les cris de bêtes sauvages se mêlent aux chants d’une veillée funéraire. Avec mon talkie-walkie, je suis les activités de l’hôpital. Une patiente vient d’être piquée par un scorpion. C’est juste, j’avais oublié qu’il y en avait aussi! Je contrôle ma moustiquaire afin de m’assurer qu’elle ne contienne pas de visiteurs indésirables. Au bout d’un moment, je tombe dans un sommeil agité.

02.04.2012

Musique sans frontières

Je ne sais pas qui a les jambes les plus poilues: moi ou la grosse araignée sur un des carreaux de la salle de bain. De jour en jour, la corne de mes pieds devient plus épaisse. En mission au Congo, les soins de beauté n’ont définitivement pas la priorité et les conditions de vie sont telles que les vêtements sont mis à rude épreuve. Comme mes  pantalons se sont déchirés à cause de l’usure quotidienne, je pars à la recherche d’un tailleur.

Je prends un sentier bordé de termitières, de taillis de bambous et de plantes à fleurs magnifiques. Au bout d’un moment, j’arrive dans une petite clairière. Là, le tailleur est assis sous un toit de paille. A l’aide d’une pédale, il actionne une machine à coudre, une toute vielle Bernina. „Autrefois, à l’époque où l’industrie de coton était florissante, on avait encore l’électricité“, raconte-t-il. „Ensuite, les rebelles sont venus et ont tout détruit“. Depuis, il utilise la pédale qu’il a montée lui-même. Une petite fille sort au pas de course de la hutte de terre et me présente sa poupée Barbie blonde.

„Mundele,“ dit-elle en me pointant du doigt. En effet, j’ai la même couleur de peau que sa Barbie. D’où tient-elle sa poupée?

Cette semaine, j’organise un cours de soins d’urgence et de réanimation à l’hôpital. Il arrive souvent que les patients d’autres services nous arrivent trop tard aux urgences. Il faut vraiment éviter cela à l’avenir. Il semblerait que le sujet présente un grand intérêt, car les bancs de bois se remplissent très vite avec  le personnel de l’hôpital mais aussi les étudiantes de l’école de soins médicaux à Dingila. Conformément aux principes de l’hôpital, ces dernières  portent des coiffes blanches comme autrefois les infirmières en Suisse. Pour une fois, la formation ne se déroule pas devant le tableau noir à l’aide d’une craie mais se fait au moyen d’une vidéo et d’une présentation powerpoint. Une nouveauté très appréciée, me semble-t-il. Toutes les personnes présentes regardent l’écran avec beaucoup d’attention. La formation professionnelle de base ainsi que la formation continue constituent un élément central des projets de MSF. Car, un jour ou l’autre, chaque mission prend fin. Ce qui reste, ce sont les connaissances acquises.

La saison des mangues est arrivée. À l’aide de pierres et de bâtons, les enfants essayent de faire tomber les fruits mûrs des branches. Certains d’entre eux grimpent aux arbres mais pas toujours avec succès. Dans notre service d’urgence, il y a une petite fille qui souffre d’une fracture ouverte de l’os huméral. La plaie est très enflammée et il faut précéder à une intervention chirurgicale. La semaine prochaine, on la transférera par avion à Dungu, où MSF gère un projet chirurgical. En même temps, nous attendons deux enfants de Dungu qui souffrent de la maladie du sommeil. Les deux projets se complètent parfaitement.

Le soir, je m’assieds dans le jardin avec les gardiens. Ils m’apprennent le Lingala et nous jouons de la guitare. J’ai déjà appris une chanson congolaise. Je connaissais déjà les accords, il faut juste que je m’habitue aux rythmes enjoués. Les Congolais aiment la musique. Lorsqu’ils regardent ma guitare, ils ont les yeux humides.

Beaucoup d’entre  savent jouer de la musique. Mais les instruments sont une denrée rare. Quantité d‘instruments ont été détruits pendant la guerre ou il a fallu les abandonner à l’heure de prendre la fuite. S’il existait une organisation Musique Sans Frontières qui distribuerait des instruments de seconde main dans les pays pauvres, les gens ici danseraient de joie. Le prêtre de Dingila m’a déjà demandé s’il pouvait m’emprunter ma guitare à Pâques. Je lui ai répondu: „Oui volontiers, si vous me gardez une place au premier rang pour vous écouter jouer!“

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28.03.2012

Quand les termites fêtent leurs noces

termiten.JPGLa saison des pluies a commencé. La nuit, les grenouilles croassent à qui mieux mieux et les termites se préparent à leur voyage de noces. Attirés par la lumière, des milliers de ces insectes volent dans nos maisons pour y perdre leurs ailes et s’accoupler ensuite. Un extraordinaire spectacle de la nature. Si l’on ne fait pas attention, on risque d’en avaler un. Contrairement à moi, les Congolais se réjouissent de leur arrivée: les termites frits sont une délicatesse. Notre cuisinier me présente un spécimen encore vivant: “Ils sont riches en protéines“, m’assure-t-il. En tant que végétarienne, j’ai une bonne excuse pour ne pas les manger.

Avec l’arrivée de la saison des pluies, nous enregistrons une hausse considérable des cas de malaria. De plus en plus d’enfants sont amenés à notre service d’urgence. Le petit Dieudonné vient d’arriver en compagnie de sa mère. Il a une forte fièvre et il souffre d’anémie aiguë, les symptômes principaux du paludisme. Une course contre la montre commence car pour survivre, il a urgemment besoin d’une transfusion de sanguine. Comme ici, nous n’avons pas les moyens techniques  pour conserver le sang, il faut l’administrer juste après l’avoir prélevé sur le donneur. On teste d’abord les membres de la famille. Le petit garçon a de la chance, le groupe sanguin de sa tante est compatible. Maintenant, tout va très vite. Le sang est encore chaud lorsqu’on nous l’apporte du laboratoire. Après quelques minutes à peine, on procède déjà à la transfusion. Dieudonné va survivre.

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L’après-midi, je visite notre clinique mobile dans un quartier à la périphérie de Dingila. Chaque semaine, notre véhicule tout-terrain va dans un autre quartier afin de tester la population pour la maladie du sommeil. Notre équipe de laborantins s’est installée sous un toit de paille avec le microscope et la centrifugeuse. Patiemment, les villageois font la queue jusqu’ à ce que ce soit leur tour. Curieux et anxieux, ils observent les gestes agiles des laborantins. D’abord, on prélève une goutte de sang et on le centrifuge. Ensuite, on palpe les ganglions lymphatiques et, si c’est nécessaire, on fait une ponction. Le test d’une jeune femme est positif. Pour déterminer le stade d’avancée de la maladie, il faut prélever du liquide par une ponction lombaire. L’examen est douloureux et redouté. Après quelques minutes, le résultat est clair: deuxième stade, des parasites ont été détectés dans le liquide cérébrospinal. Le jour même, la jeune femme est emmenée à l’hôpital avec quatre autres patients pour commencer le traitement.

Il fait déjà sombre lorsque je quitte l’hôpital. Un gardien équipé d’une lampe de poche m’accompagne jusqu’à la maison. Tout à coup, il crie : « Nioca ! » et me fait tressauter. En effet, un serpent noir et vénéneux ondule le long du chemin. Mon compagnon le frappe avec un bâton jusqu’ à ce qu’il cesse de bouger. Le gardien me raconte que, récemment, il en a tué un dans les champs, qui était gros comme sa jambe et qu’ils l’ont cuit et mangé ensuite. Je lui demande : «  Les serpents mangent-ils aussi les hommes ? » « Il faut les manger avant qu’ils nous mangent », répond-t-il. J’en conviens.

Après ça, je me réjouis d’une douche chaude. J’attrape un seau et je vais au jardin où l’eau bouillit déjà dans une grande marmite suspendue au-dessus du feu. Je rajoute de l’eau froide jusqu’ à ce que l’eau ait la température idéale. Ensuite, on peut y aller. On s’asperge d’eau sur tout le corps, on se savonne, on s’asperge à nouveau d’eau. Ça y est. Dans ma chambre, un essaim de termites m’attend déjà. Je me débarrasse des dernières bestioles et je me réfugie sous la moustiquaire. Espérons que ces enquiquineurs ne me poursuivront pas jusque dans mon sommeil !

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13.03.2012

La journée mondiale de la femme – à la manière congolaise

«Mama yambí – bienvenue à la maison !», me lance Bienvenu alors que j’arrive à Dingila. C’est aussi l’impression que j’ai – comme si je rentrais chez moi. J’enfourche mon vélo et je me rends à l’hôpital afin de visiter mes malades. Mais où est Pierrette ? L’infirmier me rassure: « On l’a déplacée. » Je la retrouve dans la maternité. Maintenant, elle a vraiment beaucoup de cheveux. Elle porte une petite robe rouge à pois blancs. Elle a l’air heureuse. On lui a retiré la sonde gastrique et le masque à oxygène. Elle respire tranquillement au sein de sa mère. Bravo, ma petite, tu es une battante!

Notre service de soins pour la maladie du sommeil affiche complet. Dans la première salle, les malades sont allongés sur des nattes de paille à même le sol. Ils se trouvent au premier stade de la maladie : on peut dépister les parasites dans le sang, mais ils ne présentent pas encore de symptômes. Chaque jour, ils reçoivent une injection intramusculaire dans la fesse. Le traitement dure huit jours et il est très douloureux. Après la piqûre, il faut qu’ils restent couchés pendant une heure parce qu’il y a des effets secondaires dont les plus communs sont l’hypotension et l’hypoglycémie. Je m’enquiers auprès d’une patiente : « Sangonini? » « Oui, ça va, » répond-elle courageusement. Après ça, les parasites devraient être éliminés pour de bon.

Dans la deuxième salle se trouvent les patients qui ont atteint le deuxième stade de la maladie. Les parasites ont traversé la barrière hémato-encéphalique du cerveau et les malades présentent des symptômes neurologiques. Le traitement intraveineux de deux semaines consiste en des perfusions de deux heures, toutes les douze heures, qui provoquent des effets secondaires parfois violents. Il faut surveiller les patients de manière rigoureuse. Dans le lit du fond, une femme maigre est assise, le regard vide, comme si elle n’était pas de ce monde. Une parente lui fait avaler une cuillerée de potage. Elle est arrivée trop tard chez nous, après plusieurs vaines tentatives d’un guérisseur. La maladie a atteint un stade très avancé, elle a touché le système nerveux central. Avec le traitement, nous pouvons enrayer la maladie, mais nous ne pouvons pas défaire les dommages neurologiques qu’elle a subis. C’est pour cela que la sensibilisation de la population et un traitement rapide sont très importants.

***

Le 8 mars, c’est la journée mondiale de la femme. Un jour de fête au Congo – pour les femmes. Depuis des semaines, les préparations tournent à plein régime. Je m’enveloppe d’un pagne confectionné exprès pour cette fête. Le gardien rit lorsqu’il me voit. « Tu l’as mal mis! » Notre cuisinière vient à mon secours et elle me serre tellement fort dans le tissu que j’en ai le souffle coupé. C’est comme ça que ça doit être. Des milliers de spectateurs sont venus pour regarder le cortège. MSF en fait partie. Sur notre banderole on peut lire: « Pour un meilleur accès des femmes aux soins de santé ». Juste devant nous, les boulangères de Dingila se préparent à défiler. Et puis, c’est à nous. Nous nous mettons en marche et avançons au même pas cadencé que les bonnes et les infirmières. La foule pousse des cris de joie. Le soir, la radio locale confirme : «  Les femmes blanches ont dansé comme de vraies Congolaises. » Voyez-vous ça ! 

Pendant la nuit, une forte tempête balaie Dingila. La pluie crépite contre les fenêtres, le vent siffle par les fentes et le tonnerre est si près qu’il fait trembler mon lit. Une branche de notre gigantesque manguier tombe dans le jardin avec fracas. Le lendemain, ma chambre est inondée d’eau. Mère nature se réjouit du rafraîchissement et les cochonnets grognent de satisfaction dans les flaques ocre.

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08.03.2012

Café de la paix

Les premiers rayons de soleil brillent à travers les barbelés derrière ma fenêtre. Un tube congolais grésille sur une radio déglinguée. Le bruit de la circulation se mêle avec les chants d'église du matin. Je passe le week-end à Bunia, où se trouve la coordination de MSF au Congo. Le contraste avec le milieu rural de Dingila ne pourrait pas être plus grand: il y a quelques rues pavées, des banques, des stations à essence et des constructions en chantier. MSF n’est pas la seule organisation humanitaire à s’être installée ici. Nombre d'organisations internationales et d’ONG sont représentées à Bunia. Elles sont toutes venues pour soigner les blessures de la guerre, pour encourager la reconstruction et pour assurer la paix.

La vie à Bunia se déroule dehors. Le long des routes poussiéreuses, des vêtements sont cousus et des meubles sont réparés. Place de l'amitié, clinique pacifique… Les noms reflètent partout le désir de paix. Les traces de la guerre sont, elles aussi, encore très présentes. Au café de la paix, je m'offre un morceau de gâteau, un jus de maracuja et un yaourt.  C’est mon premier depuis six semaines et il est d’autant plus délicieux! Après cela, je me sens prête à faire un peu de shopping. Au supermarché de l'ONU, je m’approvisionne en shampooing et en dentifrice pour couvrir mes besoins des prochains mois. On y trouve même du chocolat suisse, pour 4 dollars la plaque. Je m’en passe. Sur le marché local, les prix sont beaucoup plus raisonnables mais j’ai des doutes par rapport à la qualité du «made in China».

flug3.JPGLe voyage de Dingila à Bunia est spectaculaire. A bord d’un petit avion, nous parcourons plus de 1500 kilomètres au-dessus d’une forêt tropicale intacte. Parfois, on vole si bas qu’il est possible de distinguer des animaux sauvages entre les arbres. Notre parcours nous emmène successivement à Ango, Doruma et Dungu, où nous livrons du matériel médical et logistique aux autres projets de MSF. A chaque atterrissage, des enfants curieux nous attendent au bord de la piste. Ils nous saluent de la main, en espérant secrètement qu’eux aussi auront un jour l’occasion de monter dans un avion comme celui-là. Le Congo compte plus de cinquante compagnies aériennes et elles sont toutes sur liste noire. C’est pourquoi MSF n’utilise que des compagnies étrangères pour se déplacer à l’intérieur du pays.

cholera3.JPGEn ce moment, notre équipe d'urgence a du travail par-dessus la tête: le Nord-Est du pays a été frappé par une épidémie de choléra. MSF a mis en place trois centres de traitement du choléra à des endroits différents afin d’endiguer l'épidémie. Je visite celui de Bunia. Il est composé de trois grandes tentes blanches séparées les unes des autres par une bande de délimitation rouge. Chaque fois qu’on se déplace d’une tente à l’autre, il faut se désinfecter les mains et les pieds avec une solution chlorée très concentrée pour éviter la propagation de la bactérie du choléra. La première tente héberge les cas suspectés de choléra, la deuxième et troisième les patients atteints par la maladie. Ils sont couchés sur de simples civières en bois, avec un trou au milieu et un seau en dessous. La diarrhée aqueuse et les vomissements sont parmi les principaux symptômes du choléra. Pour compenser la perte de liquide, les patients sont mis sous perfusion et boivent des solutions. Avant de quitter le centre, je patauge une dernière fois dans un bain de chlore.

Après quelques jours de vie urbaine, je me réjouis de rentrer à Dingila. La jungle m’appelle.

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27.02.2012

Une Suissesse au Congo

Il y a ici des couchers de soleil à couper le souffle, des tempêtes tropicales qui forcent le respect et des visages rieurs et lumineux qui me vont droit au cœur, jour après jour. Quelle que soit mon humeur au réveil, le premier „Bonjour, bien réveillée?“ annonce une journée prometteuse. Je n’aurais jamais pensé que je tomberais sur un  petit bout de paradis, en plein milieu de ce Congo tant redouté.

hauptstrasse2.JPGAujourd’hui, je vais faire du jogging. Les cochonnets du voisin s’enfuient dans toutes les directions en couinant lorsqu’ils me voient arriver. Les premières Congolaises se mettent en route vers le fleuve pour aller faire leur lessive, leurs paniers en équilibre sur leur tête. Tout à coup, je m’arrête net, le cœur battant: une meute de chiens sauvages se trouve là, sur la route, devant moi. Je ne sais pas qui de nous a le plus peur, eux ou moi. Je me dis que je suis bien contente de m’être fait vacciner contre la rage et je passe lentement à leurs côtés.

Un vieil homme m’aborde: „vous êtes Suissesse?“ me demande-t-il. Ma réponse affirmative semble l’enchanter. Nous bavardons un petit moment. Il dit qu’il a beaucoup entendu parler de la Suisse. Que le système de santé chez nous est tellement performant que l’on est guéri avant même d’être soigné. Une façon originale de décrire la qualité de notre système de santé publique… Au Congo, seul un petit pourcentage des fonds publics est investi dans le système de la santé. D’après ce que je vois, il n’en arrive pas beaucoup à Dingila. C’est pourquoi MSF est ici.

Cette semaine, les nouveau-nés ne nous ont laissé aucun répit. Pierrette, notre petite prématurée, a dû être réanimée à deux reprises. Depuis lors, elle gigote de nouveau comme si de rien n’était. Pendant notre réunion d’équipe, on nous amène une petite fille nouvellement née. Son père a marché plus de dix kilomètres pour l’amener au service des urgences. Dans la salle d’examen, tout le monde est très agité: la petite n’a qu’une narine et ne respire que par la bouche. C’est pourquoi elle ne peut pas être  allaitée. Nous lui donnons de l’oxygène et l’installons dans un lit. A ses côtés, il y a un bébé malnutri qui souffre d’une fente palatine au troisième stade. En raison d’une ouverture entre sa bouche et son nez, sa maman ne peut pas l’allaiter. Elle est nourrie par sonde gastrique. J’ai demandé à mes collègues du projet chirurgical de MSF si l’on pouvait opérer ces malformations. J’attends leur réponse.

Le samedi est jour de marché à Dingila. On y vend du poisson frais, du manioc et de la pâte d’arachide dans des corbeilles. Entre les machettes et les parapluies, il y a des piles de produits pour éclaircir la peau et des savons. Un étal en bois fait office de station-service avec quelques bidons d’essence et un entonnoir. Je me mets à la recherche d’une papaye. On me présente immédiatement quelques exemplaires magnifiques. Nous nous mettons d’accord sur le prix. Dingila n’est pas bon marché. Les marchandises y sont acheminées par bicyclette, après de nombreux kilomètres parcourus à travers la brousse. Outre des citrons, des bougies et des bâtonnets d’encens, je fais aussi l’acquisition d’un parapluie multicolore. En rentrant, je l’ouvre pour m’abriter du soleil étincelant, imitant les femmes congolaises.

Une lampe à l’huile vacille au vent. Je donne mes restes de ma papaye au cochon du voisin, qui grogne de satisfaction. Au loin, on entend chanter des enfants.

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24.02.2012

La source de vie

Aujourd’hui c’est le gazouillement des hirondelles qui me réveille. Elles ont choisi notre balcon pour y élever leurs oisillons. J’ai compté plus de cinquante nids en-dessous du toit. Il est sept heures du matin. Une mouche d’un vert criard est collée à ma moustiquaire. Encore toute ensommeillée, je m’extirpe du lit.

quelle.JPGNotre chauffeur me demande si je souhaite voir « la source ».  Je lui dit que « oui, j’aimerais voir la source de vie ». Il rit, et nous nous mettons en route vers la brousse. A Dingila, il n’y a pas d’eau courante. Deux fois par jour, cette denrée précieuse est obtenue à la source pour alimenter les bâtiments de MSF et l’hôpital. Pendant le trajet, le chauffeur me demande si j’ai des frères et sœurs. Je lui répond que j’ai une sœur. « Seulement une sœur? », s’étonne-t-il. Lui, il a 22 enfants de trois femmes différentes. Il ajoute que lui-même est le quarante unième  enfant de 92, que son père a 90 ans et se trouve en très bonne santé. Cette fois c’est moi qui ouvre de grands yeux. Il aime bien les enfants et je le crois sur parole.

Aujourd'hui, MSF organise une réunion à l'hôpital de Dingila au sujet des dons de sang. En plus des divers dirigeants communautaires et des chefs de l’Eglise, il y a des membres de la Croix-Rouge congolaise qui sont présents. Dans notre service d’urgence, il arrive souvent que nous soignions des patients atteints de paludisme qui souffrent d'anémie aiguë, ce qui fait que nous avons besoin régulièrement de sang. Ces derniers mois, la population de Dingila a été sensibilisée au don volontaire de sang. Il est maintenant important de parler des difficultés. Certains gens ont peur de tomber malade après avoir donné du sang. D'autres craignent que leur sang sera vendu, comme les esclaves étaient autrefois vendus aux blancs. L'ambiance dans la salle est agréable. On écoute chaque orateur, personne n’est interrompu. Après deux heures de discussion, le maire de Dingila s’apprête à conclure son discours : « Le sang n'est pas à vendre. La vie n’a pas de prix », dit-il. Et nous savons qu'il a raison.

Ensuite je rends visite à Pierrette, notre prématurée, dans la salle d'isolement. Elle est née il y a deux semaines – deux mois en avance. Aujourd’hui, sa mère semble contente. La petite supporte bien le lait maternel que nous lui donnons par sonde gastrique. C’est un bon signe. Pierrette est couchée sur le lit, bien enveloppée. Elle porte un bonnet de laine, qui est beaucoup trop grand pour une créature aussi délicate. A côté d'elle il y a une épaisse Bible. Le dos du livre est en lambeaux, les pages sont jaunies. Je demande à sa mère si elle va à l’église. Elle dit oui, mais ajoute qu’elle n’y est plus allée depuis la naissance du bébé. Je lui dis qu’elle devrait quand-même chanter, pour Pierrette. Elle rit – oui elle chantera, elle répond.

Après une dure semaine de travail, on se rencontre le week-end pour jouer au volley sur la place du village. Peu importe la fonction – garde, logisticien ou médecin – sur le terrain tout le monde est pareil. Même le directeur de l'hôpital a déjà été mon adversaire. Malgré mes faibles connaissances du Lingala, je sais exactement ce qui se passe. La joie et la colère ne connaissent pas de barrières linguistiques. C’est juste dommage qu’il n’y ait pas d’autres femmes à coté de moi. Le sport féminin ne semble pas être ancré dans la culture congolaise.

Le ciel s’assombrit. Des rapaces tournoient au-dessus de nos têtes. Un orage se prépare

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22.02.2012

avant le départ

Juste avant de partir, mes collègues on fait une petite vidéo de moi...

 

 

Première mission à Dingila from MSF-CH on Vimeo.

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15.02.2012

Un bout de chemin en brousse

Celui qui ne veut pas écouter doit ressentir. La première puce chique s’est incrustée dans la plante de mon pied - j'aurais dû porter des chaussettes! Mes collègues congolais s’en réjouissent. Ils me disent que je suis maintenant une des leurs et que mon sang est bon, sinon ces bestioles ne seraient pas aussi enclines à l’aspirer. C’est quand-même une bonne nouvelle ! A l’aide d’une pincette et d’une petite aiguille, on a rapidement retiré les œufs. Il n’y a donc pas de quoi fouetter un chat !

Etre végétarien est ici un plaisir. Aujourd'hui, il y avait du manioc, du riz et des boulettes de graine de courge - délicieux! Je trouvais aussi les omelettes très bonnes jusqu'à-ce que notre cuisinier me confie son secret: «Ce sont des œufs de crocodile», m’a-t-il dit avec fierté. Depuis, je ne raffole plus autant des plats aux œufs. Il y a tous les jours des fruits frais: des petites bananes sucrées, des ananas et des papayes géantes ainsi que des avocats de notre jardin. Seule la saison des mangues se fait attendre.

«Mundele! » crient les enfants quand je vais au travail à vélo. Je les salue en Lingala « M'bote Mingi », alors qu’ils courent après mon vélo. Une course à l’issue de laquelle je ne sors pas toujours vainqueur. Dès qu’une dizaine d’enfants s’accrochent à mon porte-bagages, je suis obligée de m’arrêter. On se serre la main et on échange nos noms. À l'heure actuelle, il y a neuf Mundeles à Dingila – des blancs, donc. Outre MSF, il y a deux autres organisations humanitaires locales ici. Je suis souvent interpelée par des personnes que je ne connais ni d’Eve ni d’Adam par mon prénom. On nous connaît.

Le travail à l'hôpital est exigeant. Les morsures de serpent, le paludisme aigu et la maladie du sommeil ne faisaient jusqu'à présent pas partie de mes spécialités. J'apprends tous les jours. C'est un échange passionnant qui se déroule ici. MSF apporte des connaissances sanitaires, logistiques et médicales aux projets. Les gens du coin nous montrent comment faire beaucoup avec peu. S'il n'y a pas de garrot, il suffit de se servir d'une tubulure de perfusion pour comprimer la veine. Les Congolais ne sont pas seulement très imaginatifs, mais aussi incroyablement optimistes, peu importe la situation. « Ca va aller » disent-ils tout le temps.

Notre campagne de sensibilisation a commencé aujourd'hui. Chargés d’un générateur et d'un projecteur, nous traversons la végétation luxuriante en jeep et à moto pour nous rendre dans un petit village en-dehors de Dingila, ça prend plus d'une heure sur des routes cahoteuses. Les fossés au bord de la route sont parfois si profonds que notre véhicule menace d’y basculer. Arrivés à destination, on nous attend déjà. Les villageois sont appelés à se rassembler à l’aide d’un mégaphone ; ils accourent avec des chaises et des tapis pour en apprendre plus sur la maladie du sommeil. Des centaines d'yeux fascinés regardent le film de sensibilisation projeté sur un drap tendu. Un événement sans précédent dans un endroit où il n'y a pas d'électricité, et encore moins de cinémas. La semaine prochaine, nous serons de retour pour faire passer aux habitants le test de la maladie du sommeil.

Il fait déjà sombre lorsque notre équipe entame le chemin du retour. De temps à autre, nous observons un petit feu qui brille en bord de route. Au loin, nous entendons des chants de deuil. Notre chauffeur nous apprend qu’un jeune homme est mort aujourd’hui et que son décès serait dû à une overdose de remèdes traditionnels. Il nous raconte que ce genre de chose n’est pas rare ici. L’homme laisse derrière lui une femme et six enfants. Fatigués et ébranlés, nous poursuivons notre route. Les notes plaintives se dissipent peu à peu et finissent par se perdre dans la nuit.

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14.02.2012

Une journée à Dingila

Après un petit déjeuner rapide constitué habituellement de pain cuit dans un four en argile, de porridge ou de fruits frais, je suis prête. Armée d’un talkie-walkie et de ma bicyclette, je commence mon travail. Après une semaine d’introduction, j’ai une assez bonne idée de ce qui m’attend les six prochains mois. En tant qu’infirmière, je suis responsable de la pharmacie et je dois assurer la qualité des soins dans nos projets. Nous gérons actuellement une salle d’urgence de six lits à l’hôpital de Dingila et un service avec 30 lits pour des patients qui souffrent de la maladie du sommeil.

pierrette.JPGD’abord, je me rends à la pharmacie: un dépôt immense plein de médicaments et de matériel médical. Chaque semaine, des tonnes de matériel sont expédiées par petit avion vers les différentes missions de MSF en République Démocratique du Congo. Pour moi, c’est un défi non seulement logistique mais aussi personnel car je n’ai jamais géré une pharmacie auparavant. Une fois les commandes et les livraisons finies, baigné de sueur, je continue ma route pour me rendre à la salle d’urgence de MSF à l’hôpital de Dingila.

Les six lits sont presque toujours occupés. Il n’est pas rare que deux patients soient obligés de partager un lit. Dans notre salle d’isolement, il y a une prématurée. La petite fille est née avec un poids de 1000 grammes. Elle a déjà surmonté les sept premiers jours critiques. A défaut d’un incubateur, nous soignons la petite comme le font les kangourous enmmitouflée sur la poitrine de sa maman. Ainsi, nous pouvons diminuer le risque d’hypothermie.

 

***

Ce qui me frappe chez les Congolais, c’est leur gentillesse et leur respect envers les autres. Et ils sont d’excellents danseurs! Quand ils sortent le e vin de palme et que la musique sort des amplis, plus rien ne les arrête. Ils ont des noms extraordinaires comme «Dieudonné» ou «Boniface». J’ai eu une drôle de rencontre avec notre gardien. «Bienvenue», s’est-il écrié à mon arrivée. J’ai répondu: «Merci, comment tu t’appelles?» «Bienvenu», a- t il répété. Après quelques allers et retours, j’ai enfin compris qu’il s’appelait effectivement «Bienvenu».

Nous sommes en pleine saison sèche. La première tempête de sable n’a pas tardé: elle a emporté tout ce qui était bon à prendre, y compris mes volets. Autant en emporte le vent!

 

Le jour touche à sa fin. Le ciel rougit. Les générateurs se taisent. Il ne reste que la nuit noire.

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13.02.2012

La vie quotidienne commence

Les grillons chantent, les oiseaux gazouillent, on entend le bruit des tambours: un nouveau jour se lève. Ceux qui n’ont pas été réveillés par le chant du coq sont définitivement tirés du sommeil lorsque les générateurs se mettent en marche. Les premiers habitants de Dingila partent pour la forêt, équipés de bidons vides et de corbeilles, une machette ou une hache à la main. Quelques heures plus tard, ils rentrent avec de l’eau de source, du bois de chauffage ou des feuilles de palmier. Les jours de chance, il leur arrive même de ramener du gibier, comme une antilope ou un singe.

Jusqu’à présent, je n’ai pas encore rencontré de mouches tsé-tsé mais beaucoup d’autres insectes. Les pires sont les bestioles invisibles: la mouche des sables par exemple. Comme son nom l’indique, elle se cache dans la poussière et dépose ses œufs sous la peau des orteils. Même s’il fait 35degrés, il faut toujours mettre des chaussettes. Il y a aussi les mites, porteuses de maladies parasitaires, qui grattent énormément. Pour cette raison, mes vêtements sont repassés chaque jour. Quel luxe!

17:39 | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : msf, humanitaire, congo, sommeil | |  Facebook

29.01.2012

En transit

Quand on voit des chats étendus dans des moustiquaires, des cochons sauvages se promener aux alentours de l’hôpital et des termitières au bord des routes poussiéreuses, il est alors probable qu’on se trouve à Dingila. On ne peut accéder à cette petite ville en pleine brousse congolaise que par de modestes avions, parce que les routes de transit ne sont soit pas praticables, soit elles sont trop dangereuses ou tout simplement inexistantes. Ici, les gens habitent dans des cabanes en torchis ou en brique qui datent toujours de l’époque coloniale belge. Il n’y a pas d’électricité et les repas se font au feu de bois. J’ai rarement vu autant de manguiers, d’avocatiers et de papayers. C’est un petit paradis végétarien. Difficile de s’imaginer que près d’ici, il y a toujours des gens qui sont kidnappés, violés et tués.

La situation sécuritaire à Dingila est assez bonne. Malgré tout, la sécurité reste une préoccupation prioritaire. Chaque jour, la situation est évaluée et le rayon de nos mouvements est défini. C’est fou, ce que la logistique doit gérer pour approvisionner les projets de MSF en matériel, en eau et en électricité et pour assurer en même temps la sécurité et le bon fonctionnement des moyens de communication! Je suis impressionnée.

Demain sera mon premier jour de travail. Je suis très curieuse

09.05.15_map_rdc_fr.jpgUne semaine a passé depuis que j’ai quitté mon domicile à Winterthour. Après un briefing de deux jours à Genève où j’ai reçu les dernières informations concernant mon projet et la situation politique actuelle au Congo, j’ai pris l’avion via Amsterdam, le Rwanda et l’Ouganda jusqu’à Bunia où se trouve la centrale de coordination de MSF en République Démocratique du Congo (RDC).

Dès que j’ai débarqué à Bunia, je me suis tout de suite aperçu d’un parfum spécial dans l’air. Un mélange de viande grillée, de plastique brûlé et d’herbe humide. Et il faisait chaud, très chaud. J’ai vite oublié l’hiver et j’ai rangé bonnet et écharpe tout au fond de mon sac à dos. Le douanier a vu le coffre de ma guitare et m’a demandé s’il contenait une arme. «C’est l’arme de la musique», j’ai répondu et je lui ai montré ma guitare. Après ça, il a renoncé à inspecter mes autres valises. Au bureau d’immigration, j’ai dû remplir plusieurs documents et pour la première fois de ma vie j’ai été enregistrée avec l’annotation «couleur de peau: blanche». Un drôle de sentiment. Ensuite, j’ai continué mon voyage en avion. C’était un vol très impressionnant à travers la forêt tropicale jusqu’à Dingila, ma destination finale et mon lieu de mission.

C’est par un heureux hasard qu’un séminaire a actuellement lieu à Dingila qui traite justement de la maladie du sommeil africaine. Parmi les personnes présentes, se trouvent non seulement les collaborateurs internationaux et congolais qui seront mes collègues pendant les prochains six mois, mais aussi deux experts de MSF qui vont partager les résultats des dernières études scientifiques avec nous. Bref, un début parfait. Pour moi, un atout de ce projet est le fait qu’on travaille main dans la main avec les Congolais. MSF n’a pas comme but d’«apporter la bonne parole» à la population mais de développer des projets, de formuler des stratégies et de définir des objectifs en collaboration avec les locaux. En outre, MSF s’investit beaucoup afin de former ses collaborateurs locaux pour qu’ils puissent poursuivre le travail de manière indépendante si un jour nous décidons de quitter les lieux.

 

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23.01.2012

je dois admettre que j’ai eu des sentiments mitigés

DSC_7131_cut.jpgQuand j’ai découvert il ya un mois que j’allais travailler dans un projet médical dans le nord-est de la République démocratique du Congo (RDC), je dois admettre que j’ai eu des sentiments mitigés. J’étais certes soulagée de ne pas être envoyée dans le froid kirghize. Mais je n’avais entendu que des choses peu positives sur la RDC. Chacun sait que le pays a un triste passé dominé par la violence.

Dans l'indice mondial de prospérité, la RDC arrive en dernière position. En même temps, c’est un beau pays riche en ressources naturelles. De grandes parties du Congo sont couvertes par la forêt vierge et la biodiversité y est impressionnante. Le Congo constitue le cœur de l’Afrique mais il agit aussi du poumon du continent.

Je vais travailler dans un des projets de prévention et de traitement de la maladie du sommeil. Cette maladie parasitaire transmise par la mouche tsé-tsé, si elle n'est pas traitée, est fatale. Des millions de personnes en Afrique centrale sont touchés par cette maladie et des millions en sont déjà morts. Cependant, la recherche ne s’intéresse guère au développement de thérapies plus efficaces car cela ne permet pas de gagner des millions.

Ce qui me fait le plus peur? Ce ne sont ni les rebelles qui sèment la panique dans la jungle, ni les mines qui sont encore répandues dans le nord-est de la RDC mais les moustiques, les mouches tsé-tsé et les autres insectes suceurs de sang. Il faut toujours être sur le qui-vive. Dormir sous des moustiquaires, s’enduire d’anti-moustique, avaler chaque jour des comprimés contre le paludisme, ne pas se tenir près de l’eau et se couvrir avec des vêtements longs plutôt clairs parce que la mouche tsé-tsé raffole apparemment du noir et du bleu. Il y a une sorte de moustiques qui préfère piquer à la lumière du jour et une autre qui est surtout active entre le crépuscule et l’aube. Ça promet!

Si je me réjouis? Et comment! J'ai hâte de sentir la chaleur tropicale. Je suis heureuse d’échapper à mon microcosme suisse pour me plonger dans un microcosme inconnu. Je suis impatiente de vivre et de travailler avec une équipe internationale venue de tous les horizons dont le seul dénominateur commun est la maîtrise du français. Comme dans une émission de téléréalité mais à la différence que MSF n'est pas au Congo pour divertir les gens mais pour sauver des vies.

Quoi qu'il en soit, je suis prête: Les cartons de déménagement sont rangés, mon sac à dos est prêt, j’ai fait tous mes vaccins, évacué les effets secondaires par les pores, j’ai pris un dernier bain à bulles et versé les dernières larmes d’adieu. Kwaheere Suisse - au revoir - en été, je serai de nouveau là, promis.

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Le virus du terrain

DSC_7142.JPGCe qui m’a motivé à renoncer à un super job, un magnifique appartement et ma vie sociale pour travailler dans un pays où les mouches tsé-tsé et les groupes rebelles appartiennent aux dangers quotidiens?

Franchement, je ne sais pas. C’est très probablement le désir de faire partie d’un ensemble plus vaste. Faire partie d’une organisation qui n’appartient à aucun système, qui est autonome et fonctionne indépendamment des impératifs économiques, politiques ou religieux. Pour moi, c’est ça, MSF.

Je n’avais aussi pas le choix: Si vous restez longtemps au siège suisse de MSF et que vous traduisez et éditez quotidiennement des récits provenant du terrain, il arrive inévitablement un moment où vous voulez à tout prix y aller vous-même.

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